Les romans sélectionnés pour le Prix littéraire France-Turquie 2021

Le « Prix littéraire du Comité France-Turquie-Fernand Rouillon » est attribué chaque année, alternativement à un ouvrage de fiction turc traduit en français et à un essai en français sur la Turquie. 

Présidé par la romancière et journaliste Kenizé Mourad, le jury est composé d’universitaires et d’écrivains. Ses membres actuels sont Mathias ÉnardVenus Khoury GataNedim Gürsel, Frédéric HitzelTimour Muhidine et Gaye Petek.

Cette année, il récompense un roman parmi neuf sélectionnés avant Juin 2021.

La cérémonie de remise du Prix aura lieu le 25 novembre 2021 à Paris en présence de l’auteur(e) et des membres du jury.

Les romans sélectionnés pour

le Prix littéraire France-Turquie 2021

Enis BATUR

Simple Silence

Enis BATUR, Simple silence, Bleu Autour, 2021.

Lors d’un voyage en train, dans un pays européen qui n’est pas le sien, un auteur voit le passager qui s’installe face à lui se plonger dans un de ses livres. Coïncidence ? N’était-ce pas plutôt inscrit, voire déjà écrit ? Le narrateur interroge l’auteur qui devient personnage. Par petites touches, comme dans un jeu, se déploient mille et une variations d’une histoire indémêlable : celles des relations de l’auteur à ses œuvres, à leurs traductions, à ses lecteurs… 

Sedef ECER

Trésor National

Sedef ECER, Trésor national, Paris, J.-C. Lattès, 2021.

Hülya a quitté Istanbul à 16 ans et s’est installée à Paris. Elle s’est inventée peu à peu une vie ordinaire et a coupé tout lien avec sa mère : une actrice adulée, le « Trésor national » du cinéma turc. Le putsch raté de juillet 2016 l’oblige à se souvenir : d’une enfance passée sur les plateaux, de la diva flamboyante qu’était sa mère, de la disparition de son père, de cette Turquie laïque qui n’est plus, ces années d’insouciance fracassées par trois coups d’Etat. Malgré les années passées, l’absence, sa mère n’a pas changé : elle continue à vivre dans son rêve, pour ses rôles, pour sa gloire. Elle prépare le dernier spectacle de sa vie : son enterrement somptueux au Théâtre de la ville d’Istanbul. Elle charge sa fille d’écrire un discours. Hülya hésite puis se décide : elle écrira l’histoire de cette mère qui l’a si peu été, cette femme soleil et démon. Elle cherchera la vérité.

Aslı ERDOĞAN

Requiem pour une ville perdue

Aslı ERDOĞAN, Requiem pour une ville perdue, Arles, Actes Sud, 2020.

Ce texte est un requiem à la mémoire d’une solitude, celle de l’auteure au cœur de son pays perdu. De l’enfance, où la figure de la mère revient sans cesse, à la maturité tourmentée par l’engagement politique, esthétique et féministe, Aslı Erdoğan dévoile ici le ressouvenir absolu de son existence tendue depuis toujours vers la nécessité d’écrire. Car, dit-elle, “écrire c’était pour que mes mains puissent toucher l’invisible dans tout ce qui se voit”.

Au centre de cet art poétique se dresse, sublime, la ville d’Istanbul, telle une matrice vertigineuse. Et les ruelles de Galata, quartier tant aimé, arpenté, tel un labyrinthe grand ouvert sur le Bosphore.

Ian MANOOK

L’oiseau bleu d’Erzeroum

Ian MANOOK, L’oiseau bleu d’Erzeroum, Albin Michel, 2021.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs. Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve. Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

Murathan MUNGAN

Le dernier Istanbul

Murathan MUNGAN, Le dernier Istanbul, Kontr éditions, 2021.

Istanbul, 1980. Fatma Aliye vit avec sa mère et son grand-père sénile dans leur vieille demeure ottomane. La visite de sa sœur Talia vient raviver des rancœurs encore tenaces, tandis que menace le coup d´État du 12 septembre. Dans son hammam où s´organise la sociabilité homosexuelle de l´époque, Madame vit elle aussi avec ses fantômes Eber, Reha et Suat Bey évoluent entre frigidarium et pierre ventrale, trouvant en Madame une figure de mère protectrice, échappant dans ce refuge aux menaces constantes qui pèsent sur eux du fait de leur identité. En apparence indépendantes l´une de l´autre, ces deux histoires se complètent en peignant chacune un visage de la décadence, se faisant miroir grâce à un décor commun : cet Istanbul jadis cosmopolite où les autres sont désormais marginalisés et menacés dans leur existence même. 

Elif SHAFAK

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange

Elif SHAFAK, 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange,

Paris, Flammarion 2020.

Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ? 10 minutes et 38 secondes exactement. C’est ce qui arrive à Tequila Leila, prostituée brutalement assassinée dans une rue d’Istanbul. Du fond de la benne à ordures dans laquelle on l’a jetée, elle entreprend alors un voyage vertigineux au gré de ses souvenirs, d’Anatolie jusqu’aux quartiers les plus mal famés de la ville.

En retraçant le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé, Elif Shafak nous raconte aussi l’histoire de nombre de femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. 

Burhan SÖNMEZ

Labyrinthe

Burhan SÖNMEZ, Labyrinthe, Paris, Gallimard 2020.

Un jour, Boratine, un jeune chanteur de blues vivant à Istanbul, se réveille à l’hôpital partiellement amnésique : il ne sait plus qui il est ni d’où il vient. On lui dit qu’il a miraculeusement survécu à sa tentative de suicide. Mais pourquoi aurait-il tenté d’en finir en sautant d’un pont sur le Bosphore? Boratine est beau, talentueux, populaire. Ses amis l’aiment, les femmes aussi. Revenu dans son appartement, il tente de reprendre le cours de sa vie, de raviver sa mémoire au contact d’objets du quotidien, de visages connus, de miroirs. S’il a oublié tout ce qui concerne son identité, il n’a pas perdu l’usage des mots, la maîtrise de plusieurs langues. Il reconnaît même en cette figurine, dans son salon, la vierge Marie et son enfant Jésus. Incapable toutefois de les replacer dans le temps, il ne saurait dire s’ils ont vécu il y a quelques années ou bien des millénaires. Flâneur des labyrinthes de la mémoire, il erre aussi au hasard des chemins de la ville, cette Istanbul qu’il redécouvre sous un jour nouveau. 

Latife TEKIN

Dérives

Latife TEKIN, Dérives, Belleville éd., 2020.

L’ONG Renforts œuvre à sortir de l’impasse et de la marginalisation de jeunes Turcs talentueux en dérive. Désespoir politique, répression sociale ou d’État, manque de perspectives. Mais les idéaux ont parfois la vie dure…

Un employé anonyme voyage sans relâche dans toute l’Europe à la recherche de fonds. De retour d’un énième entretien infructueux, il manque la dernière navette qui relie l’aéroport au centre-ville d’İstanbul. Il se retrouve alors dans le taxi partagé d’un insolite chauffeur aux allures de devin. Sur le chemin, ce dernier emprunte une route de montagne, où il a « des affaires à régler ». Son passager est alors pris dans un tourbillon d’événements burlesques dont il ne pourra s’échapper, au milieu des demandeurs d’asile, des activistes et des multinationales avides.

Kemal VAROL

Ouâf

Kemal VAROL, Ouâf, Kontr éditions, 2021.

Mikasa est un pauvre corniaud vivant dans les rues d’Arkanya, bourgade imaginaire située à l’Est d’un pays non nommé. Rejeté par sa mère pour s’être laissé caresser par un homme alors qu’il n’était encore qu’un chiot, il trouve vite refuge auprès d’une bande de chiens marginaux et tombe amoureux de la belle Melsa, mascotte du parti de ces « gens de l’Est » qui mènent contre l’État une drôle de guerre qui va bientôt basculer dans l’horreur.

Kidnappé, au moment où il allait s’unir à son amante, par un tortionnaire de la contre-guérilla, Mikasa va devenir, bien contre son gré, chien démineur et se retrouver affecté, après une formation calamiteuse dans la capitale, à une caserne dans ses montagnes d’origine. Pauvre témoin privilégié des atrocités de cette sale guerre d’hommes, pire démineur que le règne canin ait jamais connu, amoureux transi dont le nom de Melsa ne quitte jamais les lèvres, Mikasa raconte son histoire tragique aux autres chiens qui peuplent le refuge où il s’est retrouvé après un mystérieux accident qui l’a laissé aux portes de la mort, le privant de ses pattes arrière.


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