Discours prononcé par Alexandre Jevakhoff, ancien président, pour le 70e anniversaire du Comité France-Turquie

Nous avons le plaisir de vous présenter le discours prononcé par Alexandre Jevakhoff, ancien président, pour le 70e anniversaire du Comité France-Turquie, célébré le 3 décembre 2019 à la mairie du XVIe arrondissement.

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Nous avons donc 70 ans : plus exactement, le Comité France Turquie a 70 ans.

Que célèbre-t-on à cet âge plus que canonique ? D’abord la vie ! Oui le Comité France-Turquie est vivant. Il n’a succombé ni à une longue malade, ni au choc brutal d’une commotion cérébrale. Il est vivant pour regarder le chemin parcouru.

Les statuts du Comité ont été déposés le 1er décembre 1949. L’histoire, ou du moins nos archives, ne disent pas qui et pourquoi a eu l’idée de créer une association destinée, je cite, « à resserrer et développer les liens d’amitié existant entre la France et la Turquie ». Resserrer et développer : les deux verbes, soigneusement choisis, traduisent l’ambition de la démarche. Car si, historiquement, les deux pays ont été plus souvent amis qu’ennemis, au lendemain de la guerre mondiale, leurs relations bénéficiaient surtout de l’œuvre accomplie antérieurement: je pense en particulier à la présence éducative, du lycée Galatasaray aux nombreuses institutions catholiques d’Istanbul. La France de Vincent Auriol se reconstruisait dans un cadre européen et, en mars 1949, figurait parmi les fondateurs de l’OTAN. La Turquie d’Inönü, directement confrontée à la guerre froide, en première ligne en quelque sorte de ce qui l’a conduit dès 1947 à bénéficier de l’aide américaine, à envoyer ses troupes ses troupes en Corée puis à rejoindre, elle aussi, l’OTAN en 1951. L’OTAN est devenue ainsi le point de rendez-vous le plus solide des relations franco-turques. Pour le reste, leurs relations bilatérales économiques, culturelles, politiques et touristiques restaient fort modestes. Les statuts du Comité ont été déposés le 1er décembre 1949. L’histoire, ou du moins nos archives, ne disent pas qui et pourquoi a eu l’idée de créer une association destinée, je cite, « à resserrer et développer les liens d’amitié existant entre la France et la Turquie ». Resserrer et développer : les deux verbes, soigneusement choisis, traduisent l’ambition de la démarche. Car si, historiquement, les deux pays ont été plus souvent amis qu’ennemis, au lendemain de la guerre mondiale, leurs relations bénéficiaient surtout de l’œuvre accomplie antérieurement: je pense en particulier à la présence éducative, du lycée Galatasaray aux nombreuses institutions catholiques d’Istanbul. La France de Vincent Auriol se reconstruisait dans un cadre européen et, en mars 1949, figurait parmi les fondateurs de l’OTAN. La Turquie d’Inönü, directement confrontée à la guerre froide, en première ligne en quelque sorte de ce qui l’a conduit dès 1947 à bénéficier de l’aide américaine, à envoyer ses troupes ses troupes en Corée puis à rejoindre, elle aussi, l’OTAN en 1951. L’OTAN est devenue ainsi le point de rendez-vous le plus solide des relations franco-turques. Pour le reste, leurs relations bilatérales économiques, culturelles, politiques et touristiques restaient fort modestes. 

Il est difficile, ai-je déjà dit, d’identifier précisément les prolégomènes du Comité. Il est également difficile de porter une appréciation sur la manière dont, dans ses premières décennies, il a répondu à son ambition statutaire.

Si j’étais taquin, ce qui m’arrive de temps en temps, je constaterais que le principal trait commun des quatre hommes qui ont présidé le Comité jusqu’au milieu des années 1980 – Louis Hermite, Carl Le Coq de Kerland, Pierre Lyautey et Claude Michel – était leur âge – plus de 70 ans ! Certes, on peut être âgé et actif, comme on peut être jeune et inactif. Mais si vous ajoutez d’autres éléments – le nombre de participants aux assemblées générales, leurs noms – ainsi que la règle statutaire plafonnant à 25% le nombre d’adhérents turcs ou étrangers, je ne suis pas sûr qu’au cours de ses quatre premières décennies, le Comité France-Turquie ait joué un rôle majeur dans le resserrement et le développement des liens d’amitié franco-turcs.

En octobre 1986, l’ambassadeur Fernand Rouillon devient président du Comité (à la même date, Marc Bernardin rejoint le conseil d’administration). L’arrivée de Fernand Rouillon aux manettes est doublement importante. D’une part, c’est le premier Président à avoir représenté la France à Ankara. D’autre part, à cette date, les relations bilatérales traversent une crise profonde : je n’y reviens pas, étant convaincu que tous ceux ici présents se souviennent parfaitement du pourquoi et du comment.

D’autres auraient pu considérer qu’en période de crise, une association comme le Comité n’a plus d’utilité. Fernand Rouillon aurait pu céder au découragement ou, fort de ses convictions politiques, se laisser aller au plus facile : suivre le courant et se fondre dans la foule aveugle, qu’elle soit critique ou louangeuse. Non, le président Rouillon a choisi une voie difficile, celle de la ligne de crête, celle d’une petite musique. Le Comité France-Turquie, et plus généralement les relations franco-turques, lui doivent beaucoup, à commencer par la création du prix littéraire qu’il a porté sur les fonts baptismaux, apportant aux publics français un éclairage supplémentaire sur les écrivains turcs, et plus généralement sur les livres consacrés à la Turquie.

Fernand Rouillon nous a quittés en 2000. A sa mémoire, je voudrais associer celle de deux administrateurs qui, chacun à sa manière, ont œuvré efficacement au profit d’une meilleure connaissance de la Turquie en France : le vice-président Jacques Jeulin et le professeur Veinstein. Mort en 2000, le président Rouillon n’a pas connu l’explosion d’Internet et des réseaux sociaux. Il n’a pas connu l’extraordinaire développement de la Turquie lors des deux dernières décennies. Pensez donc que sa population atteint 82 millions d’habitants, soit quatre fois plus qu’en 1949, et que 43 millions de touristes l’ont visitée, alors qu’il n’y en avait que quelques dizaines de milliers à la création du Comité. Le président Rouillon n’a pas connu la guerre en Syrie – un autre pays où il a représenté la France –, ni l’État islamique, ni le Brexit, ni Donald Trump. En 2000, Emmanuel Macron est étudiant à Sciences Po et l’AKP n’existe pas.

Et pourtant, 2000 c’était hier, ou presque. Alors imaginez comment le premier président du Comité, l’ambassadeur Hermite, entré dans la carrière diplomatique avant l’arrivée des machines à écrire, regarderait aujourd’hui son « enfant » ! Oui, les temps ont changé en 70 ans. Les liens d’amitié entre la France et la Turquie se sont-ils resserrés et développés depuis 1949 ? Oui, et en même temps non, ce qui maintient toute son actualité à l’ambition de 1949, sans baisser les bras ni lever le poing à chaque péripétie.

Et puisque l’année prochaine la France célèbrera le 50e anniversaire de la mort du général de Gaulle, et le 130e de sa naissance, je voudrais conclure en rappelant ce qu’il avait écrit dans le livre d’or de Dolmabahçe, à l’automne 1968 : Atatürk pouvait mourir puisque « la lumière brillait, puisque la flamme brûlait, puisque le pays était en marche ».

Alexandre Jevakhoff

Ancien président du Comité France-Turquie