Le Prix littéraire du Comité France-Turquie-Fernand Rouillon est attribué chaque année, alternativement, à un ouvrage de fiction turc traduit en français ou français concernant la Turquie et à un essai en français sur la Turquie.
Présidé par la romancière et journaliste Kenizé Mourad, le jury est composé de Bayram Balcı, Mathias Énard, Vénus Khoury-Ghata, Nedim Gürsel, Frédéric Hitzel, Marianne Meunier et Gaye Petek.
Cette année, dans la catégorie fiction, les membres ont nominé 10 ouvrages.
Le choix final du jury sera dévoilé lors d’une cérémonie le mercredi 15 novembre à 18 h 30, à la mairie du XVIe arrondissement de Paris à laquelle participera l’auteur(e) primé(e).










Enis Batur : La maison aux livres (Zulma, 2022)
Can Dündar : Lucienne et le poète ottoman (Luc Pire, 2023)
Lale Gül : Je vais vivre (Fayard, 2023)
Gül Ilbay : Elle s’appelait Delphine (L’Harmattan, 2022)
Delphine Minoui : L’alphabet du silence (L’Iconoclaste, 2023)
Timour Muhidine : La fille de l’ethnographe (Emmanuelle Collas, 2022)
Murat Özyașar, dessins de Selçuk Demirel : Certifié conforme. Histoires de Diyarbakir (Kontr, 2021). Traduction Sylvain Cavaillès
Pinar Selek : Azucena ou les fourmis zinzines (Éditions des femmes)
Elif Shafak : L’Île aux arbres disparus (Flammarion, 2022)
Latife Tekin : Nous qui ne connaissons pas le temps (éd. Kontr, 2023)
Enis Batur, La maison aux livres

Le mot de l’éditeur
À son retour de voyage, un écrivain renommé se voit proposer un bien étrange héritage : sur les hauteurs verdoyantes de Dragos, quartier d’Istanbul qui surplombe le Bosphore, l’attend la « Maison aux livres », bibliothèque de plus de trente mille ouvrages, rassemblés dans un écrin de verre au cœur d’un vaste domaine arboré. À l’écart, un petit cabanon invite à la lecture et à la contemplation.
Énigmatique, la bibliothèque vire bientôt à l’obsession. Le classement ingénieux des luxuriants rayonnages, les innombrables notes manuscrites semblent autant d’indices pour percer le mystère : mais qui est l’architecte génial de ce fabuleux trésor ?
Ode à la lecture, dans la lignée d’Alberto Manguel, de Jorge Luis Borges ou d’Umberto Eco, La Maison aux livres est une merveille qui ravira tous les amoureux des livres.
La Maison aux livres, Enis Batur, trad. François-Michel Durazzo, Zulma, 2022
L’auteur
Figure majeure de la littérature turque, Enis Batur est poète, essayiste et romancier. Éditeur pour la maison d’édition Yapı Kredi Yayınları (YKY), il y a accueilli les principaux auteurs turcs du XXe siècle et près de deux mille ouvrages et romans étrangers, de Joyce à Derrida, en passant par Musil et Barthes. Traduite en anglais, italien, allemand, arabe, persan, roumain ou corse, l’œuvre d’Enis Batur est aussi disponible en français (Fata Morgana, Actes Sud, Galaade, Bleu autour). Ode à ses thèmes fétiches – la bibliothèque et le labyrinthe – La Maison aux livres est le nouveau roman de ce lecteur boulimique et bibliomane averti.
Can Dündar, Lucienne et le poète ottoman
Le mot de l’éditeur
Rien ni personne ne prédestinait ces deux êtres à se rencontrer à Bruxelles en 1912 et pourtant… Lucienne a dix-huit ans quand elle tombe éperdument amoureuse du vieil ambassadeur, Abdülhak Hamid. Il est le plus grand poète de la littérature turque, elle s’apprête à commencer ses études.
Le monde est sur le point d’entrer en guerre. De Bruxelles à Londres, de Vienne à Budapest, de Venise à Istanbul alors que l’Empire ottoman s’effondre, ils entretiennent une relation gravée dans l’histoire. Ils côtoient les plus puissants. Le président Atatürk aime danser avec la jeune femme. Son successeur, Ismet Inönü joue des parties d’échecs endiablées chez eux. Le poète, Tevfik Fikret, donne à Lucienne des cours de littérature tandis que l’auteur Nâzim Hikmet mange à leur table. L’histoire d’amour entre Lucienne et le poète ottoman sert de décor à tous ses éminents personnages de l’époque et d’autres encore…
Ce témoignage unique, nous le devons au travail minutieux du journaliste turc Can Dündar.
En retraçant la vie de Lucienne, il souhaite lui rendre un vibrant hommage et surtout la rappeler à la mémoire de la Belgique qu’elle a tant aimée.
Ed. Luc Pire, 2023, 352 p., 29 €.
L’auteur
Condamné à 27 ans de prison en Turquie pour ses enquêtes critiques à l’égard du régime, Can Dündar, rédacteur en chef du plus grand quotidien turc, Cumhuriyet, vit en exil en Allemagne depuis 2017. Il a également publié des livres dont une biographie illustrée de Recep Tayyip Erdogan (Erdogan, le nouveau sultan) parue en France chez Delcourt en 2022.

Lale Gül, Je vais vivre

Le mot de l’éditeur
Comment une jeune fille née de parents turcs aux Pays-Bas, élevée dans un islam rigoriste en désaccord avec les usages de l’école, gagne-t-elle son indépendance ? Et à quel prix ? Cette question, Büsra tente d’y répondre depuis l’adolescence par une révolte de tous les instants. A présent étudiante en littérature à l’université d’Amsterdam, réfugiée chez sa grand-mère qui la défend contre le reste de sa famille, elle navigue comme elle peut entre les diktats traditionalistes, ses amours secrètes, la fac, son petit boulot de serveuse, l’islamophobie d’une partie des Néerlandais et son aspiration à plus de liberté.
Avec un humour cinglant porté par une langue querelleuse et brillante, Büsra se raconte et tente de tracer son propre chemin. Je vais vivre, premier roman de Lale Gül inspiré de sa vie, a suscité polémiques et menaces de mort dès sa sortie aux Pays-Bas. Preuve s’il en faut de l’importance cruciale de ce récit brûlant, un cri du coeur adressé à toutes les femmes en lutte pour leur émancipation. Traduit du néerlandais par Daniel Cunin Lale Gül est étudiante en littérature néerlandaise à l’université libre d’Amsterdam.
Jusqu’à l’âge de dix-sept ans, elle a fréquenté, le weekend, une école coranique de la Fondation Milli Görus.
Lale Gül, Fayard, 2023, 384 p., 23,90 €. Trad. du néerlandais par Daniel Cunin
L’autrice
Née en 1997 à Amsterdam, Lale Gül grandit dans une famille turque conservatrice aux Pays-Bas. A l’adolescence, férue de littérature, elle rencontre un jeune homme qui l’ouvre à la société néerlandaise. Elle écrit en 2021 un roman largement autobiographique, Ik ga leven, primé aux Pays-Bas et qui est en tête des ventes de livres. Controversée et même menacée, elle a cependant décidé de devenir romancière.
Gül Ilbay, Elle s’appelait Delphine
Le mot de l’éditeur
Gül ILBAY nous met en face d’une population immigrée qui s’attache de plus en plus à la couleur locale de sa culture d’origine, et qui, faute de moyens d’accès à celle du pays d’accueil, désire renforcer la structure de ses rituels ancestraux. Ce roman propose à son lectorat de déchiffrer réalité et fiction à travers des personnages dont les aventures entrecroisées, correspondent à la réalité de la stratégie matrimoniale de l’immigration en Europe. Les aspirations, les contraintes des traditions et des cultures que subissent les héros de ce roman, nous conduisent vers un voyage entre deux espaces : la Turquie et la France ; entre deux villes : Zonguldak, ville minière au bord de la mer Noire et Metz en Lorraine. Les femmes immigrées, piégées dans leur propre condition, nous révèlent à travers leur vie, les termes d’une subordination plus générale. Les récits des personnes qui au prix de douleurs, voguent entre lieux, mœurs, sentiments et passions, confèrent à ce roman son caractère singulièrement attachant.
L’autrice
Écrivaine-traductrice franco-turque. Spécialiste de Blaise Cendrars, Gül Ilbay collabore à la revue bilingue Olusum / Genèse pour laquelle elle traduit des poèmes et écrit des articles. Elle publie en 2022, Elle s’appelait Delphine.
Elle s’appelait Delphine, L’Harmattan, 2022, 192 p., 19 €.

Delphine Minoui, L’alphabet du silence

Le mot de l’éditeur
Göktay est professeur à l’université du Bosphore à Istanbul. Idéaliste, adoré de ses étudiants, il a séduit Ayla, professeure de français, avec un poème. La vie est douce quand on est jeunes, amoureux et parents comblés d’une petite fille. Mais Göktay refuse de vivre dans une bulle. Pour avoir signé une pétition de plus, une pétition de trop, il est arrêté et jeté en prison comme des milliers d’activistes, de journalistes, de fonctionnaires et d’universitaires. Ayla s’était toujours retenue de s’engager : le confort du quotidien et sa famille comptaient par-dessus tout. Bouleversée de voir Göktay sombrer dans le désespoir et révoltée par l’injustice, elle décide de reprendre le flambeau. Un roman de colère et d’amour, traversé par l’Histoire.
Delphine Minoui, L’alphabet du silence, éd. L’Iconoclaste, 2023, 303 p., 20 €.
L’autrice
Delphine Minoui, journaliste franco-iranienne, est grand reporter au Figaro. Depuis plus de vingt ans, elle couvre l’actualité liée au Proche et Moyen-Orient. Lauréate du prix Albert-Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle a vécu à Téhéran, Beyrouth et Le Caire avant de s’installer à Istanbul en 2015. Après Je vous écris de Téhéran et Les passeurs de livres de Daraya, L’alphabet du silence est son premier roman.
Timour Muhidine, La fille de l’ethnographe
Le mot de l’éditeur
Quand un anthropologue turc s’interroge sur les Français et écrit son brevet d’Occident…2020. Nedjla, 20 ans, étudiante, musulmane émancipée, vit à Istanbul avec sa mère. Son père vient de mourir. Elle décide de se plonger dans son dernier livre. 1964. Oktay, chercheur en anthropologie, a quitté Istanbul pour s’établir dans l’est de la France. Pris dans le flux de la vie locale, il choisit de se concentrer sur ce qui l’intrigue le plus chez les Français : la façon dont ce peuple avancé et développé, selon les critères anthropologiques, vit la période des vacances.
Avec La Fille de l’ethnographe, Timour Muhidine nous livre un roman social décalé sur les Français. Deux générations, deux manières de penser et de regarder l’autre. Le quotidien, le politique, la sexualité, le corps ou l’amour : tout est passé au crible de l’humour noir.
La fille de l’ethnographe, Timour Muhidine, Éditions Emmanuelle Collas, 2022, 272 p., 17 €.
L’auteur
Timour Muhidine est né en 1959 à Koweït City, d’un père syrien issu d’une famille turque et d’une mère française. Il vit en France depuis 1962. Écrivain et traducteur, il enseigne la littérature turque contemporaine à l’Inalco (Paris) et dirige la collection « Lettres turques » chez Actes Sud.

Murat Özyașar, Certifié conforme. Histoires de Diyarbakir

Le mot de l’éditeur
Écrits entre 2015 et 2016 et publiés pour la plupart dans le journal Birgün, ces textes sont tout autant une série d’instantanés d’une époque charnière – la fin du processus de paix et le début de l’une des pires périodes de répression dans les régions kurdes, préfigurant l’escalade autoritariste de 2016 – qu’un ensemble de courts essais accompagnant l’œuvre de fiction de Murat Özyasar. De « Vivre à Diyarbakir » (initialement publié dans Le Monde en octobre 2016) à « Meryem Ana », tous dressent un portrait de cette capitale symbolique du Kurdistan turc qui puise à la fois dans l’histoire culturelle, la sociologie, la politique et la linguistique. Ils apportent de précieuses clés à qui veut mieux saisir l’univers des nouvelles ou ce qui fait la particularité de la langue littéraire d’Özyașar.
Certifié conforme. Histoires de Diyarbakir
Murat Özyașar, dessins de Selçuk Demirel, trad. Sylvain Cavaillès, Kontr, 2021, 128 p., 18 €.
L’auteur
Né en 1979 à Diyarbakır, diplômé en langue et littérature turques, Murat Özyaşar s’est imposé en deux recueils comme l’une des plumes les plus talentueuses de la Turquie contemporaine. Son premier livre a été récompensé par le prix Haldun Taner de la Nouvelle en 2008 et le prix Yunus Nadi de la Nouvelle en 2009. Le prix Balkanika 2016 a été décerné à Rire noir. Ses nouvelles ont été traduites en français, anglais, italien, kurde et persan. La traduction de son dernier livre paru en français, Certifié conforme, histoires de Diyarbakır est nominée pour le prix de traduction Inalco Vo/Vf 2022.
L’illustrateur
Selçuk Demirel, né en 1954 à Artvin, était encore lycéen lorsqu’il a publié ses premiers dessins. Venu en France en 1978, il étudie à l’école des Beaux-Arts de Paris. Parallèlement il publie des livres pour enfants et dessine pour la presse française (Le Monde, Le Monde diplomatique, Le Nouvel Observateur et L’événement du jeudi) et américaine (The New York Times, The Washington Post, The Wall Street Journal, The Boston Globe). Il a également publié une cinquantaine de livres, et travaillé avec plusieurs auteurs : John Berger, Orhan Pamuk, Dominique Noguez, Patrice Delbourg et aussi Murat Özyașar. Il expose régulièrement en Europe et en Turquie (ainsi « Entre Ciel et Terre » en octobre-novembre 2022 à la Mairie du 10e arrondissement de Paris). En 2022, une vingtaine de ses dessins ont été acquis par le Musée national de l’Histoire de l’Immigration à Paris.
Pinar Selek, Azucena ou les fourmis zinzines
Le mot de l’éditeur
« Au premier regard, on ne voyait pas, usées à force de passages, les frontières de cette ville de l’exil et du tourisme, ni les chemins empruntés par les Italiens, les Russes et les Anglais, suivis par les Arméniens, les Arabes, les Juifs, les peuples des Balkans et de l’Afrique.
Nice, comme les autres villes, ne fait pas entendre sa voix tant qu’on ne s’est pas blotti contre sa poitrine pour pleurer au moins une fois, tant qu’on ne s’est pas couché dans ses bras. Par bonheur, les Zinzins avaient été nombreux à l’entendre : Gouel le Chanteur des rues, Alex le Prince des poubelles, Manu la fondatrice des Paranos et Azucena la Zinzine aux chaussures rouges, celle qui vient de se présenter comme “Bleue”. » P. S.
Pınar Selek, Azucena ou les fourmis zinzines, Éditions des femmes, 2022, 224 p., 14 €
L’autrice
Née en 1971 à Istanbul, Pınar Selek est sociologue, militante féministe et antimilitariste. S’intéressant notamment aux groupes opprimés et aux marginaux, elle est emprisonnée en 1998. Elle vit désormais en exil en France où elle a publié plusieurs livres, fictions, contes, essais et articles. Azucena ou Les fourmis zinzines a fait l’objet d’une publication en Turquie et en Italie.

Elif Shafak, L’Île aux arbres disparus

Le mot de l’éditeur
Ce roman commence par un cri et s’achève par un rêve.
Le cri, interminable, est celui que lance aujourd’hui une adolescente de seize ans, prénommée Ada, en plein cours d’histoire dans un lycée londonien.
Le rêve est celui d’une renaissance.
Entre les deux a lieu la rencontre du Grec Kostas Kazantzakis et d’une jeune fille turque, Defne, en 1974, dans une Chypre déchirée par la guerre civile.
Elif Shafak crée des personnages débordant d’humanité mais aussi de failles et de doutes, d’élans de générosité et de contradictions, pour conter l’histoire d’un amour interdit dans un climat de haine et de violence qui balaie tout sur son passage. Sa prose puissante convoque un savant mélange de merveilleux, de rêve, d’amour, de chagrin et d’imagination pour libérer la parole des générations précédentes, souvent réduites au silence.
Elif Shafak, L’Île aux arbres disparus, trad. Dominique Goy-Blanquet, Flammarion, 2022, 432 p., 22 €.
L’autrice
Née en 1971 à Strasbourg, Elif Shafak vit à Londres. Elle est aujourd’hui l’une des figures majeures de la littérature turque depuis La Bâtarde d’Istanbul (2007), Bonbon Palace (2008). Lors de la cinquième édition du Womens’s Forum for the Economy and Society à Deauville en octobre 2009, elle est nommée « International Rising Talent ».
Latife Tekin, Nous qui ne connaissons pas le temps
Le mot de l’éditeur
Un homme et une femme transformés en animaux (elle en belette, lui en congre) vivent un amour intense au bord d’un lac de montagne, dans un pays autoritariste où les citoyens sont confinés. Leur relation est violente, passionnée, charnelle, et dure jusqu’à l’arrivée d’une énigmatique femme en robe blanche qui devant eux congédie son amoureux. Dans l’eau du lac, ils retrouvent son sac, qui contient des lettres et deux alliances. La jalousie de la belette provoque le départ du congre. S’ensuivent alors des jours de deuil, pendant lesquels elle se lamente tout en continuant d’écrire leur histoire. Rêverie et réalité, puis souvenirs et présent se confondent, jusqu’à ce que les deux couples semblent n’en faire plus qu’un et que l’amour trouve son éternité sous une lumière atemporelle. Latife Tekin qui introduisit le réalisme magique dans la littérature turque, signe ici un roman étonnant où un fantastique minimaliste se fait l’écrin de la sensualité pour édifier une ode atemporelle à l’amour et à la liberté.
Nous qui ne connaissons pas le temps, Latife Tekin, trad. S. Cavaillès, 2023, 144 p., 15,90 €.
L’autrice
Née à Bünyan en 1957, Latife Tekin a vécu l’exode des années 1950-1980, conduisant à la formation de bidonvilles. Elle en tire sa première source d’inspiration. Sa recréation de l’imaginaire des populations rurales déplacées à la périphérie de la plupart des grandes villes turques reste l’une des réussites du roman turc contemporain (Chère Mort cruelle 1983 ; les Contes de la montagne d’ordures, 1984).
