Auteures primées par le Prix littéraire France-Turquie

Après la journée internationale des droits des femmes, nous avons le plaisir de vous présenter les auteures primées par le Prix littéraire France-Turquie.

Ségolène DÉBARRE et Gaye PETEK –

‘Histoire des Turcs en France’

Le livre : La première histoire des Turcs en France. Une histoire méconnue, perçue à tort comme récente, et d’une grande diversité.

Si l’actualité politique récente de la Turquie a donné une certaine visibilité aux « Turcs de France », leur histoire migratoire longue de plus d’un demi-siècle reste, en général, assez méconnue. Enfants, petits-enfants des « travailleurs invités » des Trente Glorieuses, réfugiés politiques ou familles bénéficiaires du regroupement familial, ils sont aujourd’hui près de 600 000 en France.

Moins nombreux et moins visibles qu’en Allemagne, certains sont encore étrangers résidents quand d’autres sont binationaux. Les trajectoires de ces hommes et de ces femmes venus de Turquie et issus de religions, de sensibilités politiques et parfois de langues différentes, sont diverses.
Ségolène Débarre et Gaye Petek fournissent ici un panorama à destination de tout lecteur curieux de mieux connaître les Turcs ou de s’approprier une histoire, peut-être celle de ses origines.

Le livre a reçu le Prix littéraire du Comité France-Turquie en 2019.

Les auteures : Ségolène Débarre est géographe spécialiste de la Turquie contemporaine, enseignante-chercheure à l’Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et membre du laboratoire Géographie-Cités (UMR 8504).

Gaye Petek a travaillé dans le cadre du Service social d’aide aux émigrants (SSAÉ), auprès des immigrés turcs dès leur arrivée en nombre en France puis au Haut-commissariat aux Réfugiés (HCR), avant de fonder l’association Elele-Migrations et cultures de Turquie, structure tremplin d’insertion, qu’elle a dirigé jusqu’à sa fermeture en 2010.

Les premières lignes

« Dernier moment migratoire des Trent Glorieuses (1946-1973), caractérisés par une forte croissance économique, l’arrivée en France de travailleurs de Turquie s’est faite tout d’abord dans le cadre d’un accord, conclu en 1965, entre les deux pays. Les premiers venus, sur la base d’un contrat de travail, ont été rejoints par leur famille, femmes et enfants, restés dans un premier temps au pays, ainsi que par des travailleurs clandestins et des réfugiés, fuyant la répression en Turquie. Ces enfants, qui ont grandi dans les grandes agglomérations françaises, à Lyon, à Strasbourg, à Paris) ou dans le monde rural (comme en Corrèze ou dans le Limousin), sont aujourd’hui parents. Ils sont le plus souvent binationaux, français et turcs, et ont gardé un attachement fort à la région d’origine de leur famille. Dans ce livre, ils seront tantôt qualifiés de “descendant ou descendante d’immigrés de Turquie”, tantôt de “Franco-Turcs” – une expression qui mérite que nous nous y arrêtions un instant. »

SEMA KILIÇKAYA – ‘La langue de personne’

Le livre : C’est une famille dans l’Est de la France. Le père, originaire de Turquie, est un migrant économique des années 70. L’histoire commence quand revient Fatma, partie il y a plus de vingt ans aux États-Unis. À l’heure de Charlie Hebdo, elle retrouve le père, hospitalisé, sa sœur Élif, qui, après sa fuite, a dû prendre la tête de la famille, et les enfants. Ils vivent dans leur HLM de toujours. Pour ne pas se laisser entraîner dans l’hystérie qui s’empare de sa famille et de tout le pays, Fatma joue avec les mots et s’interroge sur le vivre ensemble.

Ce roman a obtenu le prix du Comité France-Turquie en 2018.

L’auteure : Née en 1968 à Antakya et arrivée à l’âge de 4 ans en France, Sema Kılıçkaya est agrégée d’anglais et titulaire d’un DEA d’anglais sur l’immigration turque en Grande-Bretagne. Elle a publié Anadolu, contes et légendes de Turquie (Publisud, 2004), Le Chant des tourterelles (l’Arganier, 2009), Le Royaume sans racines (In Octavo, 2013), Quatre-Vingt-Dix-Sept (In Octavo, 2015), et La langue de personne (Emmanuelle Colas, 2018).

Les premières lignes

« J’étais partie à cause d’un tableau.

Ce tableau était accroché au revers de ma poitrine, à la chair de mon cœur. Ce n’était pas un insigne en mémoire de quelque fait d’armes ou d’une victoire. Non, ce tableau était l’envers de la fierté.

Il est toujours là vingt-cinq ans après.

Sur le lit d’hôpital où Baba est allongé, les draps lui font déjà un linceul. Dans notre HLM, de toujours, maman attend qu’il l’emmène au café. Elle a oublié que Baba est sur le départ.

Il trouve encore la force de plaisanter. Ils n’auraient pas pu choisir un autre jour que l’anniversaire de ta mère pour zigouiller ces pauvres types ? Tout ça pour des dessins !

En plein Paris, en plein jour, des fous de Dieu, à qui il a déplu de voir leur prophète caricaturé, ont tout bonnement fait la peau aux caricatureurs. »

DİLEK YANKAYA – ‘La Nouvelle bourgeoisie islamique’

Le livre : La Turquie a vu au cours de la dernière décennie la montée en puissance d’une nouvelle bourgeoisie islamique, grâce à la libéralisation économique et à la démilitarisation de la politique. Les victoires électorales du Parti de la justice et du développement (AKP) dirigé par R.T. Erdogan, issu de cette nouvelle bourgeoisie enracinée dans les couches montantes de l’Anatolie, témoignent depuis 2002 de la prégnance de ce groupe d’intérêt dans les structures de pouvoir.

À travers une enquête auprès de dirigeants de PME appartenant à l’organisme patronal islamique (MÜSIAD), cet ouvrage analyse leur rapport à la religion dans leur action politique et leur stratégie entrepreneuriale, dans la construction de réseaux de solidarité, ainsi que le contrôle social qui s’exerce sur les employés.
À l’heure où les « printemps arabes » se sont traduits par l’arrivée au pouvoir de partis islamistes pour lesquels la Turquie représente un modèle, il est fondamental de connaître les ressorts de celui-ci, et les spécificités nationales qui ne le rendent pas aisément transposable.

L’auteure : Docteur de Science Po Paris, Dilek Yankaya étudie le changement social en Turquie et l’articulation de la culture islamique avec les normes capitalistes. Chercheuse à l’Observatoire de recherche interdisciplinaire sur la Turquie contemporaine (OBTIC) et chargée de cours à l’INALCO, elle travaille également sur les questions d’immigration et de diversité en France.

Les premières lignes

« L’institution du Müsiad porte en elle la subjectivité des entrepreneurs qui lui ont donné une forme, une culture d’organisation et une tournure d’esprit. Les trajectoires de trois fondateurs qui se déclarent profondément attachés à l’association présentent des singularités et des convergences pertinentes pour étudier la formation de la nouvelle bourgeoisie islamique de Turquie.

Ces histoires personnelles illustrent la trajectoire de la formation d’une nouvelle élite qui dispose d’un double capital : un capital de modernisation venu de l’occidentalisation, de la sécularisation autoritaire et du développement économique, d’une part, et un capital islamique, créé par la socialisation islamique, de l’autre. Nous allons présenter trois parcours typiques de la formation de la contre-élite islamiste qui constitue la force sociale à l’origine du Müsiad. Ils incarnent les trois modèles de la mobilisation islamique : l’islamisme politique, l’islamisme intellectuel et l’islamisme civil. »

SEMA KAYGUSUZ – ‘La Chute des prières’

Le livre : Dans une île méditerranéenne, probablement en mer Égée, Leylan fut un jour abandonnée par sa mère. Son père, muré depuis dans le silence, vit avec elle et lui renvoie chaque jour une douloureuse image d’incomplétude.

Perdue dans ses hypothèses, culpabilisée par les insulaires, Leylan se tourne vers une diseuse de bonne aventure, auprès de laquelle elle espère comprendre, trouver des réponses, admettre l’abandon. Peu convaincue par ses propos, Leylan convoque l’étonnante galerie de personnages qui peuple cette île, fait affleurer les mystères et les croyances puis, toujours insatisfaite, s’éloigne encore du réel pour mieux l’appréhender.

Viennent alors s’ajouter à sa quête la puissance des textes fondateurs, poèmes, mythes et légendes écrites ou issues de la tradition orale : toute une polyphonie métaphorique qui fait écho à sa propre histoire, l’autorise enfin à devenir adulte et à percevoir son identité libérée du prisme traumatique de l’enfance.

Un roman initiatique porté par une écriture puissante et limpide. Un texte très ambitieux dans sa forme, qui aborde les origines du récit turc et qui s’inscrit au cœur de la culture anatolienne d’une façon tout à fait remarquable.

L’auteure : Sema Kaygusuz est née en 1972 à Samsun. Elle a reçu en 2000 le prestigieux prix Cevdet-Kudret pour un recueil de nouvelles. Ce premier roman, publié en 2006 en Turquie, a été couronné par le Prix littéraire du Comité France-Turquie en 2009.

Les premières lignes

« S’il n’y avait pas eu de rumeurs à mon sujet, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Des pieds à la tête, mon apparence est le fruit de l’imagination débridée des habitants de l’île. Au-delà de tout, de ma parole beaucoup trop lapidaire, de mon langage corporel beaucoup trop outrancier qui vient me contredire, je leur suis entièrement redevable de mon ombre qui, venue d’un temps confus, se profile sur le rideau du temps présent. Ici, ils m’ont créée mot par mot, centimètre par centimètre.

Voilà quatre ans que la rumeur connut son apogée et finit par exercer son influence sur tout un chacun. C’était un jour de septembre calme et ensoleillé. J’insiste particulièrement sur le calme. Ici, il y a tout au plus vingt jours sans vent dans l’année. Généralement les voix disparaissent au loin. Du moins elles se cristallisent avant d’être appréhendées. Pour parvenir à nous entendre, nous tournons le dos au vent. »

ARIANE BONZON – ‘Turquie – L’Heure de Vérité’

Le livre : Le projet islamo-nationaliste et autocratique du Président Erdoğan est devenu incompatible avec l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Certains, dont le président français, appellent à sortir de l’hypocrisie. L’heure de vérité aurait-elle donc sonné ?

Bras de fer avec l’armée, irrédentisme kurde, fantôme arménien, lutte pour le contrôle de l’État, guerre en Syrie, complaisances avec Daech : les histoires singulières qu’Ariane Bonzon nous rapporte depuis deux décennies dessinent les contours du basculement turc.

Il y a bien sûr le rôle crucial joué par le très populiste numéro 1 turc. Mais au fil des pages, apparaissent d’autres personnalités encore peu connues, devenues célèbres : Hrant Dink, journaliste arménien, assassiné ; Selahattin Demirtaş, l’opposant kurde ; le très laïque général Kemal Yavuz ; Fethullah Gülen, l’ex-allié islamique ; Ahmet Altan, l’écrivain-journaliste…

L’auteure souligne également l’impact que la dérive autoritaire de Recep Tayyip Erdoğan pourrait avoir dans notre pays par ses relais au sein de l’islam de France, ainsi que par l’écho que rencontre sa parole dans nos cités, auprès de certains Franco-maghrébins.

Le livre a reçu le Prix littéraire du Comité France-Turquie en 2019.

L’auteure : Journaliste, Ariane Bonzon travaille sur la Turquie où elle a été correspondante pour Arte et Slate, après avoir été en poste à Johannesbourg puis à Jérusalem. Parmi ses autres publications consacrées à la Turquie, citons Dialogue sur le tabou arménien, d’Ahmet Insel et Michel Marian, animé par Ariane Bonzon (Liana Levi, 2009), Oui à la Turquie de Michel Rocard, avec la collaboration d’Ariane Bonzon (2008), Istanbul et les Stambouliotes, dessins de Merlin (Glénat, 2004).

Les premières lignes

« “La seule manière de raconter une histoire consiste à revenir encore et encore sur les mêmes lieux”, recommande le photographe franco-brésilien Sebastiao Salgado. Pour comprendre ce qui se passe en Turquie aujourd’hui, l’un des chemins consiste en effet à réécouter ce que certains personnages disaient hier puis à regarder ce qu’ils sont devenus.

C’est le voyage que ce livre propose.

Au fil d’une quarantaine de récits – façonnés à partir de mes archives, reportages et notes personnelles de l’époque – dont le premier remonte à 1997 et le dernier à 2018, des Turcs, de tous milieux, origines et affiliations, racontent leur pays, leurs craintes et leurs espoirs. Leur “heure de vérité” en quelque sorte. »

OYA BAYDAR – ‘Et ne reste que des cendres’

Le livre : Ne reste que des cendres. Des cendres chaudes, brûlantes, des poussières incandescentes au goût âcre : les vestiges des feux allumés par toute une génération qui croyait pouvoir enrayer le mécanisme infernal des dictatures militaires et des fanatismes. Une génération de révolutionnaires, de militants, parmi lesquels la flamboyante Ülkü.

Personnage obsédant, amoureuse éperdue, elle traverse la tête haute et le cœur battant les tourmentes politiques et sociales qui ont secoué la Turquie depuis les années 70. Elle qui a vécu dans sa chair la torture et les deuils ; dans son cœur : la passion, la fascination et la lâcheté des hommes.

Des cendres de cet engagement des plus contemporains, Oya Baydar fait renaître les cris, les passions, les espoirs de son peuple, de ces militants du monde entier qui, de Paris à Istanbul en passant par Moscou et Leipzig, ont, comme elle, connu la lutte, l’exil et le désenchantement.

L’auteure : Née à Istanbul en 1940, Oya Baydar a publié son premier roman à 17 ans, avant de consacrer sa jeunesse aux luttes politiques. Arrêtée en 1971 à la suite du coup d’État, elle a été emprisonnée pendant deux ans, puis s’est exilée à Francfort de 1980 à 1991. Ce n’est qu’en 1991 qu’elle regagne la Turquie. Elle est l’auteur de six romans très remarqués, dont Parole perdue (Phébus, 2010) et Et ne reste que des cendres (Phébus, 2015) qui a reçu le Prix littéraire du Comité France-Turquie en 2016. Dialogue sous les remparts (2018) est son tout dernier texte.

Les premières lignes

Ce « mort »… je l’avais déjà vu. Était-ce il y a cinq ans, était-ce il y a vingt-cinq ans ? Je ne me rappelle pas. Les morts ne vieillissent pas, dit-on, mais il a vieilli. Beaucoup… beaucoup vieilli.

Si elle dit cela, ils vont croire qu’elle a perdu la tête ou qu’elle joue la comédie. Le mieux, c’est de se taire, de répondre aux questions qu’on lui pose, et de se taire…

L’avez-vous identifié ?

Elle fait un petit signe affirmatif de la tête.
Ils lui avaient déjà posé la même question à l’époque, sur le même ton, avec la même indifférence : « Avez-vous identifié le cadavre ? »

Une sélection des couvertures des livres primés par le Prix littéraire France-Turquie

Vous pouvez cliquer sur ce lien pour en savoir plus sur le Prix littéraire France-Turquie.

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