Ottomanes et Ottomans au tournant du siècle

Exposition à la Bibliothèque des Langues Orientales

Du 28 juin au 13 août 2021

Des documents rares pour illustrer la société ottomane tardive.

Dans un premier temps, l’exposition nous invite à découvrir les romans et périodiques de l’époque consacrés à la condition des femmes dans l’Empire ottoman. Elle dévoile également des œuvres rédigées par des femmes, notamment des manuels et des guides qui portent sur l’enseignement de la morale, la couture, la cuisine, ou des recueils de poésie, mais également des ouvrages traduits vers le turc ottoman.

La seconde partie évoque les langues et alphabets de l’Empire ottoman, notamment à travers deux ouvrages de la bibliothèque personnelle du professeur Jean Deny, l’un en karamanli, turc en caractères grecs, l’autre en arménoturc, turc en caractères arméniens. L’accent est aussi mis sur les évolutions du turc ottoman à la fin de l’empire.

On passe ensuite aux traumatismes liés aux pertes de territoires depuis les guerres balkaniques des années 1875-1878 jusqu’à la Grande Guerre. Une période où les auteurs se questionnent : “Comment en sommes-nous arrivés là ? Que faire pour sauver la patrie ?”

La fin propose un aperçu de l’enseignement vers la fin de l’Empire à travers des livrets d’étudiants, des manuels pour l’enseignement primaire et secondaire, des annuaires du ministère de l’Instruction publique ottoman et des revues de la Darülfünun, l’Université d’Istanbul.

Un riche ensemble rarement montré.

Pour mieux découvrir l’exposition, nous avons mené un entretien avec sa conceptrice, Meriç TANIK.

Comment est née l’idée de cette exposition ?

Depuis novembre 2018, je suis responsable du traitement des ouvrages en turc ottoman conservés à la BULAC. Je tenais à en exposer une partie car la bibliothèque a de très riches collections et c’est une expérience unique de pouvoir consulter des imprimés ottomans au cœur de Paris. Ces imprimés proviennent de deux fonds : la majorité de la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales (BIULO), héritière des collections de l’École des jeunes de langues et de l’École des langues orientales, et une partie de la bibliothèque personnelle de Jean Deny, professeur élu à la chaire de turc après le décès de son maître Barbier de Meynard en 1908, auteur de la célèbre Grammaire de la langue turque (dialecte osmanli) mais aussi administrateur de l’École des langues orientales de 1938 à 1949.

Au départ, je souhaitais faire une exposition sur les ouvrages de Jean Deny seulement, surtout pour montrer ses centres d’intérêts, les relations qu’il a nouées tout au long de sa carrière, notamment à partir des dédicaces que nous croisons dans ses livres (comme celles de Mehmet Fuat Köprülü et Ruşen Eşref Ünaydın), et les traces qu’il a laissées (ses livres contiennent des fiches volantes, des notes manuscrites ainsi que des cartes de visite et anciens courriers utilisés comme marque-pages). Puis, l’exposition a fini par englober tous les livres en turc ottoman, y compris ceux de la BIULO. Même si les livres conservés à la BULAC couvrent une longue période, du début du XVIIIe siècle (la bibliothèque dispose d’exemplaires issus de la première imprimerie ottomane établie par un musulman, celle d’İbrahim Müteferrika, fondée en 1729) jusqu’au passage à l’alphabet latin en 1928, la majorité ont été imprimés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, d’où l’idée de faire une exposition sur la société ottomane « au tournant du siècle ».

Pourriez-vous nous parler des moments de conception et de préparation de l’exposition ? Quelques moments clés ? Anecdotes ?

L’une des plus grandes difficultés a été la sélection des documents. Il fallait en choisir une trentaine alors que j’en ai catalogué trois mille. Autre difficulté : trouver différents points d’approche pour explorer la société ottomane de la fin du XIXe siècle et du début XXe siècle, un sujet si vaste. J’ai alors défini cinq thématiques : la condition féminine, les langues et alphabets de l’Empire ottoman, l’humour et la satire, les guerres et les bouleversements politiques et, enfin, l’éducation.

Les femmes étaient pour moi un sujet incontournable ; parler de la société ottomane sans elles est simplement inconcevable. Quant à la deuxième thématique, il ne s’agissait pas seulement de montrer que l’Empire ottoman fut polyglotte. Ce qui m’intéressait particulièrement était les points de contact, voire les combinaisons possibles entre les différents alphabets et langues de l’empire. C’est pourquoi j’ai choisi un document en arménoturc (écrit en turc mais avec l’alphabet arménien) et un document en turc karamanli, c’est-à-dire en langue turque écrite avec les caractères grecs. Je souhaitais également montrer les évolutions qu’a connues le turc car c’est bien avant la révolution de l’alphabet en 1928 puis la purge lexicale amorcée dans les années 1930 que des projets de réforme se concrétisent. Par exemple, les rédacteurs de la revue Genç Kalemler prônent l’élaboration d’une nouvelle langue turque plus proche du peuple, ce qu’ils appellent « Yeni Lisan », et insistent sur la nécessité d’éliminer le vocabulaire inutilement emprunté à l’arabe et au persan que seules les élites maîtrisent. Aussi, puisque la BULAC conserve des livrets d’étudiants, des manuels scolaires, les annuaires du ministère de l’Instruction publique ottoman et les revues de la Darülfünun, je tenais à constituer une vitrine sur la question de l’éducation. C’est un sujet qui me tient à cœur ; dans le cadre de mes recherches, je m’intéresse à l’histoire des sciences dans l’Empire ottoman et je ne peux cacher que c’était un réel plaisir de cataloguer des traités scientifiques et d’autres ouvrages à caractère pédagogique.

Y a-t-il une œuvre qui vous ait particulièrement marquée ? Un “coup de cœur” ?

S’il y a un document « coup de cœur », c’est sûrement la revue humoristique Aydede. Celle-ci est publiée de façon éphémère entre janvier et novembre 1922, mais propose 90 numéros et plus de 623 caricatures. Ce sont surtout les caricatures qui prennent les femmes comme objet qui m’ont frappée.

Par exemple, l’une d’elles affiche un diagramme à barres (qui repose sur des données fictives bien sûr) montrant l’évolution de la longueur des robes. Alors qu’en 1320 (les années 1904-1905), on ne peut voir que les chaussures des femmes, en 1328 (1912-1913), on voit leurs jambes, les robes étant plus courtes que dix ans auparavant. Sur un autre dessin, une femme annonce de très bonnes nouvelles à son père : elle a obtenu d’excellents résultats dans toutes les matières de la physique-chimie à la littérature. Son père lui répond qu’il serait alors bon qu’elle trouve un mari qui sache bien coudre et cuisiner !

Exposition du 28 juin au 13 août 2021

BULAC, Bibliothèque universitaire des langues et civilisations, Rez-de-jardin

65, rue des Grands Moulins, 75013 Paris

La réservation en ligne d’un créneau via le site internet de la BULAC est nécessaire pour pouvoir accéder à l’exposition. 

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