Le Prix littéraire du Comité France-Turquie-Fernand Rouillon est attribué chaque année, alternativement, à un ouvrage de fiction turc traduit en français ou français concernant la Turquie et à un essai en français sur la Turquie.
Présidé par le géopolitologue et spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient, Didier Billion, le jury est composé de Joséphine Dedet, Nedim Gürsel, Frédéric Hitzel, Vénus Khoury-Ghata, Timour Muhidine et Gaye Petek.
Le prix sera décerné le vendredi 4 décembre à 19h, lors d’une cérémonie à la mairie du 16ème arrondissement de Paris.
Cette année, dans la catégorie fiction, les membres ont nominé 7 ouvrages.







Jean-François Pérouse, Istanbul à l’heure syrienne (2012-2024), Inalco Presses
Ece Temelkuran, Une nation d’étrangers, Stock
François Georgeon, Un printemps ottoman – La révolution jeune-turque de 1908, Les Belles Lettres
Patrick Minder, A la recherche de Ziya Bey, Bleu autour
Frédéric Hitzel et Timour Muhidine (dir), Constantinople occupée – 1918-1923, CNRS Editions
Ernest Guermouh, La Turquie face au dilemme du Caucase – Tchétchénie ou Russie ?, L’Harmattan
Aurélie Stern, Turquie-Azerbaïdjan – La danse des Loups gris, Maisonneuve & Larose
Jean-François Pérouse, Istanbul à l’heure syrienne (2012-2024)

Le livre
Résultat de plus de dix ans d’enquête, cet essai porte un regard neuf sur l’un des phénomènes migratoires les plus frappants de ce début de siècle ; l’installation massive de Syriens fuyant la guerre à Istanbul (entre 2012 et 2024). Loin des visions réductrices et indifférenciées, il articule géographie urbaine, géographie des migrations et témoignage pour proposer un tableau vivant et mouvant de ces populations.
En s’attachant à leurs modes de présence et à leurs trajectoires dans la métropole d’Istanbul, il s’agit d’observer à la fois ce que les réfugiés révèlent de l’Istanbul contemporain et ce qu’Istanbul révèle de ces réfugiés dans toute leur diversité. Il apparaît alors que, malgré toutes les stigmatisations et instrumentalisations politiques, cette population très inégalement distribuée s’est progressivement invisibilisée, pour se glisser dans la banale condition métropolitaine.
L’auteur
Jean-François Pérouse est diplômé de l’Inalco (en langue turque), agrégé et docteur en géographie. Enseignant-chercheur à l’université de Toulouse-II-Jean Jaurès, il a longtemps travaillé à Istanbul, aux universités de Marmara et de Galatasaray, ainsi qu’à l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA, USR3131) qu’il a dirigé entre 2012 et 2017.
Jean-François Pérouse, Istanbul à l’heure syrienne (2012-2024), Presses de l’INALCO, «Méditerranée(s) », 2025, 214 p.
Ece Temelkuran, Une nation d’étrangers
Le livre
« Cher étranger, si je puis me permettre, c’est maintenant à ton tour. Écris-moi et raconte-moi ton étrange histoire. Raconte-la comme s’il y avait encore un lendemain. Raconte-la comme s’il n’y avait plus de lendemain. Après tout, chez-soi, c’est ici et maintenant. »
Dans cette série de lettres adressées par une « étrangère » à un(e) autre, Ece Temelkuran, loin de sa Turquie natale, explore ce que signifie être déraciné dans un monde où les crises se multiplient et où le nombre d’exilés ne cesse d’augmenter. Elle interroge la perte, l’appartenance, et la possibilité de reconstruire un chez-soi au-delà des frontières physiques.
Ece Temelkuran nous invite à repenser l’exil non comme une fin, mais comme un espace fertile de transformation, de résistance et de solidarité : celui d’une nation d’étrangers, unie, porteuse d’espoir.
L’autrice
Ece Temelkuran est une journaliste, intellectuelle et écrivaine turque qui vit aujourd’hui à Berlin. Parmi ses ouvrages traduits en français, À quoi bon la révolution si je ne peux pas danser (JC Lattès, 2016) et Ensemble, 10 choix pour un meilleur avenir (2022).
Ece Temelkuran, Une nation d’étrangers, traduit de l’anglais par Christel Gaillard-Paris Stock, 2026, 288 p.

François Georgeon, Un printemps ottoman – La révolution jeune-turque de 1908

Le livre
Été 1908. Après des décennies d’un régime autocratique, l’Empire ottoman connaît soudain une vague de liberté sans précédent. Des chrétiens, des juifs et des musulmans s’embrassent dans les rues aux cris de « vive la liberté ! ». De multiples mobilisations populaires voient le jour, impliquant des jeunes, des femmes ou des ouvriers.
La révolution jeune-turque est en marche. Elle est le résultat d’un coup de force organisé par des officiers de la IIIe armée de Macédoine qui, en menaçant de marcher sur Istanbul, ont contraint le sultan Abdülhamid II (1876-1909) à établir un régime parlementaire. Inspirée par les idées de patrie, de liberté, de justice et de progrès, l’action des Jeunes Turcs, patiemment préparée, déclenche une séquence d’événements déterminants pour l’avenir de la région, depuis les Balkans jusqu’au Moyen-Orient : à la fête révolutionnaire et aux élections à la Chambre des députés, succèdent, dès 1909, une tentative de contre-révolution à Istanbul, une explosion de violences contre la communauté arménienne d’Adana, l’envoi en exil du sultan, puis la relance d’une révolution de plus en plus teintée d’illibéralisme.
L’ouvrage de François Georgeon, synthèse de nombreuses années de recherches, livre la première étude en français sur cette révolution cruciale mais souvent oubliée. Il la replace dans le contexte historique global (guerre russo-japonaise de 1905, mouvements constitutionnalistes en Russie et en Iran, apogée de l’impérialisme européen, déchaînement des nationalismes) et en analyse les paradoxes : pourquoi cette révolution, qui avait suscité l’enthousiasme et levé tant d’espoirs a-t-elle débouché sur une série de drames : la dictature des Jeunes Turcs, le génocide des Arméniens, les défaites dans la Première Guerre mondiale et, pour finir, l’effondrement de l’Empire ottoman ?
L’auteur
François Georgeon
Directeur de recherche émérite au CNRS, il a dirigé le Centre d’histoire du domaine turc (CNRS-EHESS-Collège de France), devenu le Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centre-asiatiques (Cetobac). Ses recherches portent sur la fin de l’Empire ottoman et les premières années de la République turque, sous divers angles, politiques mais aussi culturels (les boissons, la presse satirique, le Ramadan).
François Georgeon, Un printemps ottoman. La révolution jeune-turque de 1908, préface d’Henry Laurens, Les Belles-Lettres, 2026, 306 p.
Patrick Minder, A la recherche de Ziya Bey
Le livre
« Zia Bey Koubanine / Ancien contrôleur financier de l’Empire ottoman / 1872-1924 »
Intrigué par cette épitaphe gravée sur une tombe du cimetière de Fribourg, l’historien Patrick Minder est parti à la recherche de ce Zia Bey (Ziya, en turc), né sur les bords de la Volga et difficile à suivre…
Il relate ici cette filature au long cours qui tiendrait du roman policier si elle ne procédait pas de la méthode historique. Jalonnée d’indices enfouis dans maintes archives, elle le mène d’Istanbul à la Suisse, via la Grande-Bretagne et la France. Et il découvre que cet obscur fonctionnaire ottoman, de mèche avec un riche Arménien traître aux siens, est devenu un espion à la solde de l’Allemagne à l’époque de la Grande Guerre.
Un récit haletant. Et la recherche historique en action.
L’auteur
Patrick Minder, docteur en sciences humaines et sociales (histoire) est professeur au Collège St-Michel de Fribourg en Suisse et maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Fribourg. Ses recherches en histoire culturelle sont consacrées à la perception des différences socioculturelles en Suisse.
Patrick Minder, À la recherche de Ziya Bey, Saint-Pourçain-sur-Sioule, Éditions Bleu autour, 2025, 192 p.

Frédéric Hitzel et Timour Muhidine (dir), Constantinople occupée

Le livre
Tout sur Constantinople, capitale culturelle en pleine effervescence : les Années Folles alla turca. À la fin de la Première Guerre mondiale, dès 1918, Istanbul c onnait cinq années d’occupation par les forces alliées : Français, Anglais et Italiens. Ville de garnison, elle est aussi ville de répression pour la population qui subit la première occupation étrangère depuis cinq siècles, mais aussi ville de liberté retrouvée pour les groupes minoritaires. Constantinople vit alors l’une de ses périodes les plus fastes du point de vue intellectuel et culturel dans le cadre d’un écheveau de tensions politiques : la confusion règne au sein des communautés entre les collaborateurs des alliés, les défenseurs du sultanat et les partisans de la résistance prêts à rejoindre l’insurrection en Anatolie. Et ce nouvel Istanbul livré aux Occidentaux voit aussi affluer, à l’automne 1920, les Russes blancs chassés de leur ancien empire.
Les dix-huit contributions réunies dans ce volume abordent tous les aspects de la vie militaire, sociale et artistique et remettent en perspective les textes et images produits par les témoins et artistes, photographes ou peintres issus d’au moins six communautés (Français, Anglais, Grecs de Constantinople, Italiens, Russes, Turcs). Elles brossent le tableau d’un moment essentiel de rupture dans l’histoire turque et européenne, et sont suivies d’un dictionnaire exhaustif des figures marquantes de la capitale d’un empire agonisant.
Les auteurs
Frédéric Hitzel
Frédéric Hitzel, chargé de recherches au CNRS, docteur en histoire et diplômé de langue turque, est membre du CETOBAC. Il a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire ottomane et turque dont La Turquie au XXe siècle (Les Belles Lettres, 2023). Passionné d’art, il a également été commissaire scientifique d’expositions.
Timour Muhidine
Spécialiste de littérature turque, Timour Muhidine est maître de conférences à l’INALCO et directeur de la collection « Lettres turques » chez Actes Sud. Il a dirigé de nombreux ouvrages dont Paristanbul. Paris et les écrivains turcs au XXesiècle (2000) et L’Autre Turquie. Reportages littéraires (2014)
Ernest Guermouh, La Turquie face au dilemme du Caucase – Tchétchénie ou Russie ?
Le livre
Au lendemain de la guerre froide, la Turquie se trouve à un tournant décisif de son histoire. Son adversaire historique, la Russie, est plus faible que jamais. Dans le même temps, l’idéologie kémaliste, pilier de l’État turc depuis la fondation de la République en 1923, s’essouffle face à l’ascension de l’islamo-conservateur Recep Tayyip Erdoğan. C’est dans ce contexte que le pays est confronté à l’embrasement d’une région où il a longtemps exercé une influence majeure, et avec laquelle il reste lié par des attaches religieuses, culturelles et diasporiques : le Caucase. La guerre qui oppose les indépendantistes tchétchènes aux forces russes entre 1994 et 2009 place alors Ankara devant un dilemme cornélien : doit-elle appuyer les rebelles ?
Se plonger dans cet épisode clé de l’histoire de la Turquie permet de comprendre les relations complexes qu’elle entretient avec la Russie depuis la chute de l’URSS, mais aussi la genèse du règne sans partage d’Erdoğan depuis 2002.
L’auteur
Ernest Guermouh
Étudiant en master « Intégrations et mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient » de Sciences Po Grenoble, Ernest Guermouh a réalisé plusieurs expériences universitaires et professionnelles dans le Caucase et en Turquie.
Ernest Guermouh, La Turquie face au dilemme du Caucase – Tchétchénie ou Russie ?, L’Harmattan, 2025, 146 p.

Aurélie Stern, Turquie-Azerbaïdjan – La danse des Loups gris

Le livre
Après la dissolution de l’URSS, cinq Républiques soviétiques turcophones, dont l’Azerbaïdjan, obtiennent leur indépendance. Voici l’occasion pour la Turquie de nouer des liens avec elles – une opportunité à la fois économique et idéologique aux yeux des élites politiques turques, car leur inclusion ferait du monde turc un acteur de poids sur la scène internationale. C’est ainsi que les nationalistes turquistes, les « loups gris » – animal symbole du mythe des origines communes des peuples concernés – vont faire jouer leur vaste réseau et parvenir, après quinze ans d’effort, à éveiller l’intérêt des nouveaux États turciques, Azerbaïdjan en tête… Un rapprochement qui a donné de nombreux fruits, dont la publication d’un manuel scolaire commun et, dans le domaine militaire, la récente aide logistique apportée par la Turquie à son allié caucasien dans le conflit du Haut-Karabagh l’opposant à l’Arménie. Fondée à la fois sur une analyse de documents et d’archives, une enquête d’opinion et une solide recherche de terrain et d’entretiens auprès de nationalistes turquistes, cette étude apporte un passionnant éclairage sur une facette de la politique turque peu abordée en France : celle du développement de la zone d’influence panturque prônée entre autres par Recep Tayyip Erdogan.
L’autrice
Aurélie Stern
Après un bachelor en histoire générale et philosophie à l’Université de Genève, et un master en histoire-option relations internationales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, Aurélie Stern a soutenu en 2021 une thèse en Études politiques à l’EHESS sous la direction de Hamit Bozarslan et Füsun Üstel, que reprend ce livre.
Aurélie Stern, Turquie-Azerbaïdjan 1990-2023 : La danse des Loups gris, Maisonneuve et Larose/Hémisphères, 2025, 320 p.